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Les disparités générées par la révolution numérique : état des lieux

Transformation numérique

Les enjeux économiques du numérique pour l’UE et ses Etats membres (1/2)

L’hégémonie américaine des GAFA

L’émergence des TIC demande l’intégration de nouvelle notion telle que le « technoglobalisme ». On entend par ce terme « la fusion d’innovation et de technologie émanant de nombreux territoires, en un même savoir ; mise en place de macro-« systèmes techniques » dans le transport, la production et la communication »[1] .

Ce « monde d’interconnexion et d’interdépendance à l’échelle de la planète »[2] est soumis à l’hégémonie américaine. La naissance d’internet aux Etats-Unis génère une domination de fait. Les entreprises américaines, se sont imposées dans tous les domaines, façonnant les géants du web également appelés « GAFA » ou « GAFAM » (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). « Sur les 10 sites les plus visités au monde en 2014, 9 étaient affiliés à des acteurs américains et pourtant 80% de leurs utilisateurs ne sont pas localisés sur le continent nord-américain. En outre, les Etats-Unis représentaient 83% de la capitalisation boursière des entreprises numériques, contre 2% en Europe. Seulement 9 des 100 premières sociétés mondiales du numérique avaient par ailleurs leur siège au sein de l’Union européenne. Face aux Etats-Unis, et de plus en plus à l’Asie, le vieux continent enregistre ainsi dans de nombreux domaines un retard numérique sévère »[3].

Les BATX : concurrents naturels dans une logique d’expansion internationale

Chaque jour, nous utilisons notre téléphone, notre ordinateur, ces nouvelles technologies sont notre quotidien. En effet, elles sont désormais devenues incontournables. Grâce à elles, nous avons accès à de multiples services et applications dans lesquelles nous stockons d’innombrables informations à caractère personnel, sans trop s’interroger sur leur devenir.

Bien que la plupart de ces services soient en accès libres et semblent presque tous gratuits de prime abord, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. En réalité, nous payons ces services, nous les payons à chaque clic, lors de chaque utilisation, avec nos données personnelles. Elles deviennent une source inépuisable d’information pour ceux qui les récupèrent et les vendent à prix d’or. De plus, 53% de la population mondiale est connectée à internet.

Malgré l’hégémonie américaine, les « GAFA » ou « GAFAM » ne sont pas les seuls géants du web à s’immiscer dans nos vies. « Là où certaines entreprises du numérique ne peuvent pas entrer, d’autres se sont créées pour occuper le vide. Au point que quasiment chaque géant numérique occidental a son équivalent chinois »[4].

Il semble impossible aujourd’hui de se passer des produits et services des géants américains du web. « Tout du moins en Occident… Car en Asie, et particulièrement en Chine, les « GAFA » sont quasi inexistants. Pourquoi ? D’abord, parce que les utilisateurs et les consommateurs chinois ne se comportent pas comme nous et n’ont pas les mêmes attentes. Mais aussi parce que les autorités encadrent fermement l’économie numérique, favorisant systématiquement les entreprises chinoises et bloquant régulièrement les accès à Facebook, Twitter, YouTube ou encore Gmail. Ces conditions uniques au monde ont donné naissance à des champions nationaux, qui par la taille du marché chinois, sont déjà au moins aussi puissants que les géants américains. Les Chinois les appellent « BATX», pour Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, et ils ont largement de quoi faire trembler les « GAFA » »[5].

Comparatif GAFA/BATX
Les revenus des GAFAM et des BATX.• Crédits : Sabrina BLANCHARD, Thomas PERROTEAU / AFP – AFP

Ils représentent à eux quatre plus de 950 milliards de dollars de capitalisation boursière. Les « BATX » incarnent une réelle menace prise au sérieux par les « GAFA ». Bénéficiant d’une domination sans partage sur leur territoire, les « BATX » se révèlent être leurs concurrents naturels dans une logique d’expansion internationale. Celle-ci s’avère être bien plus complexe qu’une simple bataille commerciale. Certains évoquent d’ailleurs l’idée d’une « guerre froide technologique ».

L’absence de champion européen du numérique

En leur temps, les « GAFA » ont tenté de s’implanter en Chine et s’y sont pour la plupart cassés les dents. Des difficultés se dressent également face aux « BATX » qui ne sont pas nécessairement tous adaptés aux mœurs occidentales.

L’Europe est dès lors un enjeu essentiel de cette « guerre froide technologique » dans l’espoir pour l’un des deux blocs de porter un coup fatal à son adversaire. La difficulté première réside dans le fait qu’il n’existe pas de champion européen du numérique créant un état de dépendance envers les « GAFAM » ainsi qu’envers l’émergence de la nouvelle génération des géants américains que sont les « NATU » (Netflix, Airbnb, Tesla, et Uber). La maîtrise de ses données est donc également un enjeu fondamental inhérent aux différentes dimensions que peut prendre la mondialisation et qui sous-entend des enjeux de sécurité ou encore d’autonomie stratégique pour l’Europe et l’ensemble des Etats membres nécessitant une pleine prise de conscience à l’égard de cette mutation.


[1] Sciences Humaines, hors-série, n° 17, juin-juillet 1997, p. 9

[2] Le Nouvel Observateur, 24–30 mai 2007, Zygmunt Bauman

[3] https://www.touteleurope.eu/actualite/le-numerique-dans-l-union-europeenne.html

[4] https://www.franceculture.fr/numerique/lexpansion-des-batx-les-gafam-chinois

[5] https://www.capital.fr/entreprises-marches/baidu-alibaba-tencent-et-xiaomi-ces-incroyables-gafa-chinois-1139115


Rédigé par : Wilfried IME

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