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La nécessité d’une pleine prise de conscience à l’égard de la révolution numérique

Transformation numérique

Les enjeux économiques du numérique pour l’UE et ses Etats membres (2/2)

« L’internet et les technologies numériques transforment notre monde. Cependant, les barrières qui existent en ligne empêchent les citoyens d’accéder à plus de biens et de services. Elles limitent aussi l’horizon des entreprises et des startups tandis que les gouvernements ne profitent pas suffisamment des outils numériques »[1].  Le 29 septembre 2017 a eu lieu le sommet numérique de Tallinn « pour débattre de la voie à suivre pour concrétiser les priorités énoncées dans la stratégie de l’UE pour un marché unique numérique »[2]. Selon le président du Conseil européen de l’époque, Donald Tusk, ce sommet revêt une importance toute particulière pour l’avenir de l’Europe.

De la simple mutation des secteurs économiques

Mutation : Changement radical, conversion, évolution profonde.

Le fait de rechigner ou de négliger la révolution numérique a conduit certains acteurs à leur extinction. La France a connu un exemple retentissant par la disparition du fournisseur d’accès internet (FAI) AOL France à l’arrivée du groupe Illiad.

« Nous sommes en octobre 2002, l’information sort en pleine page des journaux spécialisés, le tarif de Niel fait l’effet d’une bombe. Pour les concurrents, AOL, Club internet ou Tiscali alors leader des fournisseurs d’abonnements au web, c’est le début de la fin. En effet, les PDG de ces FAI réalisent que leurs offres ne sont plus viables et cela peut s’expliquer par un simple raisonnement à fortiori. Si un nouvel entrant est capable de proposer aux clients une offre en dessous de la barre des 30€, tous les concurrents doivent s’aligner sur ce prix. Pour Stéphane Treppoz alors PDG d’AOL, s’aligner sur les prix de ce concurrent n’est pas envisageable car cela imputerait leur chiffre d’affaires d’une perte sèche de 30% soit environ un milliard de francs.

L’histoire va lui donner raison, 150 millions d’euros (soit 983 935 500 francs) de perte dans les mois qui suivent. À cause de l’offre à 29,99€, les clients désertent. C’est ce qui conduira à leur perte AOL mais aussi Club internet et Tiscali incapables de s’aligner sur les prix de Free. Le fait de ne pas avoir anticipé l’essor de l’ADSL aura été préjudiciable et même fatal à de nombreux acteurs de l’internet. 

En réalité, Xavier Niel a pris une décision toute simple mais une décision à haut risque. Il a tout simplement construit un immense réseau de ligne téléphonique qui puisse amener l’ADSL  jusqu’à ses abonnés. Selon lui, « On pense que dans ce marché des télécoms vous avez besoin de détenir le réseau, sinon vous ne pouvez pas exister sur le long terme. Tous les opérateurs qui faisaient du haut débit en France, qui n’avaient pas leur réseau ont disparu, il n’y en a plus un. » Eviter d’emprunter les lignes de France Télécom pour ne pas payer de droit de passage, voilà donc l’objectif de Xavier Niel »[3].

La disruption en tant qu’ADN de la révolution numérique

Disruptif (économie) : Se dit d’une entreprise, d’un produit, d’un concept, etc., qui créent une véritable rupture au sein d’un secteur d’activité en renouvelant radicalement son fonctionnement.

L’industrie dite classique se voit peu à peu appliquer le phénomène de la « disruption » qui succède à la simple mutation d’un secteur d’activité. La rupture est telle qu’elle induit non seulement la disparition de certains acteurs économiques mais force également ceux qui subsistent à se réinventer. En effet, ils tentent autant que faire se peut de se pérenniser et de conserver leur leadership voire de concurrencer les auteurs de la disruption quand ceux-ci s’avèrent dominants. Ainsi, dans le secteur électrique, le constructeur automobile Tesla a pour objectif « d’accélérer la transition mondiale vers un schéma énergétique durable »[4].

De rares acteurs de l’économie classique ont su engendrer par eux-mêmes une disruption sans attendre un quelconque challenger à l’instar de Netflix. Initialement, présente dans le secteur de l’exploitation commerciale par la fourniture d’un service en ligne de location et d’achat de DVD livrés à domicile puis a proposé la location moyennant un abonnement mensuel. Netflix opère désormais dans le secteur d’activité des industries créatives par la distribution, l’exploitation d’œuvres cinématographiques et télévisuelles ainsi que la production de contenus audiovisuels par le biais d’une plateforme dédiée. Netflix poursuit son ascension avec un nombre croissant d’abonnés dans le monde[5].

La disruption est l’essence même de la révolution numérique. Comme un train peut en cacher un autre, les disruptions et les acronymes se succéderont les uns aux autres. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) règnent encore en maître sur la majorité des continents mais voient désormais émerger les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) qui eux-mêmes en verront poindre d’autres.

Une prise de conscience économique et sociétale

Aucun secteur n’est à l’abri de l’ « uberisation » donnant lieu à des interrogations au regard notamment du droit de la concurrence, de la protection des consommateurs et du droit du travail. Plus globalement, ce phénomène de l’ « économie à la demande » interroge sur le modèle social que l’on souhaite se voir appliquer. En cela, ce débat est éminemment politique et ne peut être passé sous silence. Transport, logistique, tourisme, restauration, services à la personne, banque : cette nouvelle forme d’activité se propage de façon abrupte dans presque tous les secteurs.

La prise de conscience doit donc être pleine et Donald Tusk semble l’avoir compris. De même pour Manuel Valls, alors Premier ministre lors de la présentation de la stratégie numérique du gouvernement déclarant que : « Nous sommes lucides sur le retard […] Nous devons rattraper dix années où la France a perdu en compétitivité a dit Manuel Valls. L’Etat doit être un acteur majeur de cette politique avec à la fois la neutralité qui le caractérise et l’œil politique. C’est un enjeu de citoyenneté et de Politique »[6].

Le 22 juin 2017, les dirigeants de l’UE ont appelé à « une approche globale du numérique […] nécessaire pour relever les défis posés par la quatrième révolution industrielle et tirer parti des possibilités qu’elle offre »[7].


[1] Marché unique numérique – Bénéficier au mieux du numérique en Europe, Commission européenne (ec.europa.eu/newsroom/document.cfm?doc_id=43231)

[2] http://www.consilium.europa.eu/fr/policies/digital-single-market/

[3] L’incroyable histoire de la freebox, Sandrine Rigaud, Capital (M6)

[4] https://www.tesla.com/fr_FR/about

[5] https://www.capital.fr/entreprises-marches/netflix-hausse-de-20-du-nombre-dabonnes-dans-le-monde-1360296

[6] https://www.franceculture.fr/societe/quelle-strategie-numerique-pour-la-france

[7] Conseil européen, 22-23/6/2017 ; Conclusions du Conseil européen, 22 et 23 juin 2017


Rédigé par : Wilfried IME

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